Pendant l’hiver, Bufolet passe son temps au fond de son trou à son activité favorite : broyer du noir. Et comme cette année, il dure encore en cette fin de mai, inutile de vous dire que j’ai encore du mal à sortir de la déprime. Mais au moins j’ai réussi à me remettre à lire. Du côté des albums printaniers pas grand-chose à se mettre sous la dent, à part le dernier Michel Galvin digne d’un Marcel Jarry et surtout le Maître des brumes, le chef d’œuvre testamentaire d’un Tomi Ungerer au ton étrangement apaisé pour rendre hommage à la fois à son pays d’adoption, l’Irlande et au livre d’image dans sa facture classique. Pour les romans, bonne pioche ! A commencer par le dernier Chabas, une petite merveille de réalisme magique qui se passe lui aussi dans la vieille Irlande. Et puis un retour vers ma passion de toujours la SF. Au début s’était pour me convaincre du déclin du genre corseté dans des schémas de plus en plus étroits. De fait, tous les romans que j’ai lus sont des dystopies d’une terre moribonde sous la pollution avec deux héros de sexes et de classes sociales différents amenés fatalement à se rencontrer, s’aimer et sauver le monde. Et malgré cela, ou peut-être à cause de la contrainte créatrice, certains auteurs réussissent à nous étonner en créant des univers chatoyants, originaux et complètement maitrisés comme Danielle Martinigol avec Cantoria à l’Atalante et C.H.A.R.L.Ex dans la collection Soon de Syros, et Carina Rozenfeld avec les Sentinelles du futur à paraitre dans un futur proche, soon, à la rentrée. Et pour les adultes amateurs de romans picaresques, ne manquez pas Victus, Barcelone 1714 du romancier catalan Albert Sanchez Pinol.
Hasta la vista, mes petites reinettes !BUFOLET, le 25 mai 2013
Nous avons lu (et aimé)
Kraf Vador
Dans cette suite (il est très fortement conseillé d'avoir lu le premier tome, Origami Yoda, ne vous [...]
Cher Jean Delas, vous aviez mille fois raison de tempêter devant l'accueil trop tiède de Cousa, le deuxième album d'Adrien Albert, après Seigneur Lapin passé à peu près inaperçu. Mais que voulez-vous nous avons été par le passé tellement déçus par des feux de paille qu'il nous faut désormais attendre le troisième album d'un auteur pour être persuadé qu'il s'agit d'un futur grand. Et donc avec Simon sur les rails c'est fait. Déjà son précédent ouvrage, le roi du château *m'avait fait relire Cousa à la lumière de sa singularité et non plus à celle des influences vaguement vaugeladiennes que j'avais repéré à la première lecture (Cousa, cousine boulotte de Zuza?). Une singularité qui s'affiche avant tout dans la palette de l'artiste : un camaîeu de gris et de brun qui confère aux ambiances une légère mélancolie, façon de rappeler que le temps de l'enfance n'est pas toujours rose. Tout comme la couleur de peau des personnages. Volontaire ou non, ce métissage de la fratrie est riche d'hypothèses non résolues. Il y a en plus dans le dessin un mélange entre un certain aspect figé (certains éléments comme l'eau ont une apparence solide) et le naturel étonnant de certaines attitudes (celle de la mère du roi du château prenant son fils sous le bras comme un paquet de linge sale pour lui faire prendre son bain, où ce même enfant est surpris par la vague qui le frappe dans le dos). Cette ambiance troublante se retrouve dans l'étrange rapport texte/image dont le minimalisme laisse croire à la simple énonciation de ce qui se passe dans l'image alors qu'il laisse de nombreux vides propices à l'interprétation. Ainsi la première double page de Simon sur les rails. Sur la page de gauche le texte : "Dés le début de l'été, Simon travaille dans une fabrique de marteaux. Avant il allait à l'école. Maintenant, il a un métier. S'agit-il d'un petit boulot pendant les vacances? A-t-il arrêté ses études? Rien dans l'image ne le montre. On voit juste un lapin sur un fond gris en train de peindre non pas un oeuf de Pâques, mais le manche d'un marteau en rouge. Commence alors Une sorte de Temps modernes pour tout-petit, avec ses écrans, son usine, sa chaîne, son fond social (il manque juste la faucille) et surtout son burlesque. Chez Adrien Albert on retrouve cette évidence qui est la marque des grands auteurs d'albums.
* Dans le Roi du château, Adrien Albert se cantonne dans le rôle de l'illustrateur.
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04/05/2013 : Les fantastiques livres volants de Morris Lessmore
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Bumble-Ardy l'ultime chef d'oeuvre de Maurice Sendak
ça y est, j'ai reçu la version originale de cet album paru aux USA l'automne dernier. Cette comptine porcine, Maurice l'avait déjà composée dans les années 70, mais là, le personnage principal n'est pas un double de Pierre, Mickey ou Max, mais un petit cochon comme les autres, sauf que ce n'est qu'à l'âge de neuf ans que l'on fêtera son anniversaire. Et il décide comme Max de faire une fête épouvantable, comme le montrent les trois double-page du carnaval porcin qui répondent aux trois double-pages muettes dans Max et les maximonstres. Le texte reprend à l'identique celui du dessin animé que vous avez en regard. On attend avec impatience la sortie de la version française!
En voici quelques images en avant-première :